Je suis sortie par une nuit de grand vent.
De celles qui sonnent étrangement dans nos sens, il y a comme une dissonance parfaite dans les éléments. C’est ainsi qu’en plein novembre, l’air sec est rempli de sable et la nuit a cette chaude quiétude des nuits d’été. Novembre, ce n’est pas l’été. Et demain, il fera hiver. Mais ce soir dans la nuit tombée si tôt, je me sens un peu comme tombée d’une chaise d’ailleurs, mais c’est doux ce frottement d’impossibilités, entre la chaleur de novembre, le sable du désert sur les montagnes.
J’ai une franche allégresse à m’affranchir de ma petite condition raisonnée d’humaine trop sensible pour ce monde, cette nuit ça craint un peu de sortir en forêt, mais cette nuit je suis chauve souris, cette nuit je suis chevreuil, je pars croquer la nuit objectif grand ouvert et marcher les yeux fermer, comme pour sentir un peu du Sahara sur ma peau, comme pour me dire que marcher à la seule lumière des constellations de lampadaires me rend à la nuit, à la vie, à une forme d’infini paisible. J’écouter craquer les feuilles je regarde l’écorce des arbres et le ballet des branches. Je regarde la tempête être si forte et moi si petite, mes deux chiens si loin devant. Je parie sur le lien invisible qui nous lie, je parie sur mes semelles qui ont déjà fait mille fois ce chemin, j’écoute les froissements sur le sol et je me dis, ils ne sont vraiment pas loin, juste devant, à quelques mètres derrière. Je parie sur tout ça et je me laisse engloutir, absorber par le moment, c’est magnifique, en disparaissant au coeur du paradoxe moite de cette nuit, je deviens un ombre mouvante légère parmi les ombres dansantes, parmi le hurlement du vent, parmi le silence pesant et réconfortant entre chaque rafale. Rien de sensé n’est, à ce moment. C’est reposant, que rien ne fasse sens parfois. Je me sens comprise, le vent me délivre.