Ce matin la lumière est tombée toute crue depuis l’automne du ciel, la fraîcheur intense du bleu matin. Ça fait quelques temps que je me sens lionne en cage, impossible de me résoudre à ce que tout le travail fait, tout les efforts accomplis, parfois dans le bonheur parfois dans la douleur, ne finissent pas par fleurir, non mais ! Impossible de continuer à étouffer dans des journées qui défilent sans qu’on puisse goûter au matin, se lover au soleil à la sieste, soupirer de bonheur le soir en retrouvant l’odeur insouciante des draps du lit.
Impossible de ne pas languir mes sommets, mes océans, ma liberté. Ce matin je sors balader la cage de ma lionne en même temps que ma Meute, mais je m’offre mon appareil et alors, ma lionne s’étire, tranquille, et il y a comme une joie sereine de goûter tout doucement à ce petit carré de liberté, qu’est ce que c’est une petite heure dans la vie d’une entrepreneure ?
Tourne sans moi, le monde, mon temps s’étire le long des sentiers de buis ; comme il fait doux, je compose une ode aux Araignées et à la beauté mathématiquement insolente de leurs toiles, celles que je détruis les jours de ménage, celles qui ne sont pas hygiéniques, celles qui ne font pas propre, celles qui font peur. Il faut bien que je trouve un espace pour m’excuser de détruire leurs petits gestes appliqués, leur quête patiente, leur quiétude alerte, même si je leur murmure toujours, Allez les filles, Faut pas rester là.
Après la moiteur des orages passés, ce matin les toiles scintillent d’éclats de soleil. C’est sublime et mon temps est sublime. Les chiens jouent au jeu des mille odeurs, à la course dans les fougères, il y a enfin quelque chose de pouvoir se laisser tomber à la renverse dans ma petite toile tissée en soie, ça ferait un peu comme tomber sur un trampoline et sombrer dans un hamac, entre les deux. C’est magnifique c’est très fin et c’est doux, ma lionne enfile délicatement un collier de perles d’eau soyeux avant de rentrer se lover dans sa cage.